Il existe un tour de passe-passe rhétorique très efficace, et il ne demande même pas de mentir : confondre « stabilisation » et « amélioration ». Un État qui ne fait pas défaut sur sa dette est stabilisé. Un ménage qui achète moins de viande qu'il y a trois ans ne l'est pas.
Les indicateurs à regarder sont publics et peu nombreux : croissance du PIB, inflation en glissement annuel, chômage des diplômés, déficit budgétaire, encours de la dette, réserves en devises. L'INS et la BCT les publient. Aucun communiqué ne remplace leur consultation.
Les quatre tensions qui n'ont pas bougé
- La dette publique, passée d'environ 40 % du PIB avant 2011 à un niveau très supérieur depuis.
- Une masse salariale publique parmi les plus élevées au monde en proportion du PIB — et qui est aussi le principal amortisseur social du pays.
- Des subventions qui protègent le pouvoir d'achat tout en bénéficiant proportionnellement plus à ceux qui consomment le plus.
- Un secteur informel massif : amortisseur réel de crise, base fiscale perdue, et charge reportée sur les salariés déclarés.
Aucune de ces quatre tensions ne se règle par un discours, et aucune ne s'est réglée. Le blocage sur le programme du FMI a une justification politique défendable — les précédents de 1984 et de 2018 rappellent le coût social d'une austérité brutale. Mais refuser un financement extérieur sans réforme du modèle productif ne fait pas disparaître le problème : il déplace la contrainte vers les banques locales, ce qui assèche le crédit aux entreprises.
Le vrai indicateur n'est dans aucun tableau : c'est le nombre de jeunes diplômés qui construisent leur avenir ailleurs. Tant qu'il monte, on peut appeler ça comme on veut, ce n'est pas une reprise.
