Mercredi 29 juillet 2026, la Bourse de Tunis a suspendu ses cotations pour une heure, quasiment dès le coup d'envoi de la séance. Le Tunindex venait de perdre 3,16 %, franchissant le seuil qui déclenche automatiquement le coupe-circuit. Peu après, l'indice s'établissait à 19 099,91 points, en baisse de 3,24 %.
La veille, mardi 28 juillet, le même mécanisme s'était enclenché vers la mi-journée après une chute de 3,47 %, à 19 739,81 points. La Bourse avait alors annoncé une reprise « dans les conditions normales » pour le lendemain. Vingt-quatre heures plus tard, la séance s'ouvrait sur un second arrêt.
Puis la séance s'est retournée. Le Tunindex a clôturé à 19 999,20 points, en hausse de 1,31 %, porté par le retour des acheteurs sur les valeurs bancaires : Attijari Bank, qui avait perdu jusqu'à 6 % le matin, a terminé à +2,88 %, la STB à +4,06 %, la BIAT à +3,69 %. Depuis le record du 17 juillet, le repli s'établit à 7,2 %, et non aux 11,4 % que laissait craindre le décrochage du matin.
Ce rebond ne dément pas ce qui précède, il le précise. Deux coupe-circuits en deux séances restent un fait rare, et la cause identifiée — un décret que le marché avait écarté de ses calculs — reste la même. Mais celui qui écrirait « effondrement » serait démenti par la clôture du jour même. La nuance n'affaiblit pas le constat : elle le rend inattaquable.
Ce que la première suspension permettait encore de dire
Hier, on pouvait raisonnablement parler de respiration. Une baisse de 3,47 % après une hausse de 60 % depuis janvier, c'est une correction ordinaire, et le dire relevait de l'honnêteté élémentaire.
Deux coupe-circuits en deux séances consécutives, ce n'est plus la même chose. Ce n'est toujours pas un effondrement — un investisseur entré en janvier reste largement gagnant — mais ce n'est plus un accident de séance. C'est un mouvement, et il a une cause identifiable.
Le décret que le marché avait décidé d'ignorer
Un décret impose aux établissements de crédit de consacrer 8 % de leurs bénéfices nets au financement de « crédits sur l'honneur » — des prêts accordés sans intérêts et sans garanties. Compte tenu des résultats bancaires de 2025, le prélèvement dépasserait facilement 100 millions de dinars.
Selon L'Économiste Maghrébin, les intervenants de marché avaient jugé cette mesure « inapplicable » et l'avaient tout simplement écartée de leurs analyses. L'indice bancaire a cédé 2,49 % puis 4,75 % lors des deux premières séances de la semaine.
Arrêtons-nous sur ce point, parce qu'il dit quelque chose de considérable. Pendant des mois, le marché a valorisé les banques tunisiennes en partant du principe qu'un décret de l'État ne serait pas appliqué. Ce n'était pas un pari sur les résultats des entreprises : c'était un pari sur l'inapplication de la règle. Quand le doute s'est installé, les cours ont décroché deux jours de suite.
Un marché qui s'effondre parce qu'un décret pourrait être appliqué n'était pas valorisé sur des bénéfices. Il était valorisé sur l'impunité présumée d'une norme.
Deux silences
Dans ses avis, la Bourse de Tunis n'a donné aucune explication sur ce qui a provoqué les deux décrochages. Aucune déclaration du Conseil du marché financier n'a accompagné ces séances. La seule justification évoquée dans la presse est un « climat de forte fébrilité » et des « mouvements de vente massifs » — c'est-à-dire une description de ce qui s'est passé, présentée comme sa cause.
Le second silence est celui de l'État. Si un décret pris par le gouvernement suffit à faire décrocher l'indice bancaire deux jours d'affilée, c'est que sa portée n'avait été ni chiffrée ni expliquée en amont. Gouverner par décret a un avantage : la rapidité. Il a un coût : personne, pas même les marchés que l'on prétend rassurer, ne sait ce que la règle vaudra demain.
« Une opportunité », disent-ils
Pendant que le coupe-circuit se déclenchait, des intermédiaires de la place — Amen Invest, MAC SA — qualifiaient publiquement la baisse d'« opportunité de lecture avisée du marché » et de « correction saine ».
C'est la phrase qu'on entend toujours, et elle mérite d'être traduite. Ceux qui la prononcent vivent des commissions de transaction : ils gagnent quand ça monte, et ils gagnent encore quand ça descend, pourvu que ça s'échange. Le petit porteur entré en juillet, lui, après avoir lu partout qu'un record historique venait d'être battu, a vu 11 % s'évaporer en huit séances. On lui expliquera qu'il a pris un risque. C'est vrai. On oubliera de rappeler qui l'a invité à le prendre.
Les questions du jour
- Pourquoi la BVMT n'explique-t-elle pas, deux séances de suite, ce qui déclenche l'arrêt d'un marché entier ?
- Le CMF a-t-il ouvert une analyse des ordres passés entre le sommet du 17 juillet et les décrochages des 28 et 29 ?
- Quelle est l'exposition exacte de chaque banque cotée au dispositif des crédits sur l'honneur, et pourquoi cette information n'était-elle pas publique avant la chute ?
- Combien d'épargnants sont entrés sur le marché en juin et juillet, à quel niveau moyen, et avec quel accompagnement ?
Aucune de ces questions n'exige de trahir un secret. Toutes les réponses existent, dans les avis de la Bourse, dans les états financiers publiés, dans les registres du régulateur. Ce qui manque n'est pas l'information. C'est la volonté de la rendre publique avant que les gens n'aient perdu leur argent.

