Les faits, dans l'ordre
Journalistes refusés. Des journalistes se voient interdire l'accès à une plénière. Le président de l'Assemblée, Ibrahim Bouderbala, assure alors que l'épisode « ne se répétera pas ».
Juin 2026 — l'immunité à huis clos. Plusieurs demandes de levée d'immunité visent des députés. Les dossiers sont examinés à huis clos, et l'Assemblée approuve la levée pour dix d'entre eux.
13 juillet 2026 — le vote STEG. Le vote sur les prêts à la Société tunisienne de l'électricité et du gaz est reporté. Des députés dénoncent un scandale et accusent le président de l'Assemblée d'avoir voulu peser sur le scrutin.
27 juillet 2026 — la chaise vide. Une plénière consacrée aux coupures d'eau et d'électricité se tient sans le gouvernement.
28 juillet 2026 — la motion article 100. Des députés déposent une motion invitant le chef de l'État à venir exposer la politique générale de l'État, en application de l'article 100 de la Constitution de 2022. Elle est refusée au bureau d'ordre — donc non enregistrée, sans débat ni vote ni motif écrit.
29 juillet 2026 — les téléphones. Bouderbala annonce que l'usage des téléphones dans l'hémicycle est « strictement interdit » et que toute violation « sera immédiatement signalée au ministère public », mesure « appliquée avec la plus grande rigueur ».
Ce que dit l'article 100
Le président de la République détermine la politique générale de l'État, en définit les choix fondamentaux, et en informe l'Assemblée des représentants du peuple ainsi que le Conseil national des régions et des districts.
Le verbe compte. « Informer » n'est pas « comparaître » : le texte n'impose aucune forme particulière, et l'argument selon lequel une plénière de reddition de comptes réintroduirait par la coutume le régime parlementaire de 2014 est recevable.
Mais si aucun mécanisme ne permet au Parlement de solliciter cette information — pas même d'enregistrer la demande — alors la disposition ne décrit plus une obligation. Elle décrit une faculté, exercée quand celui qu'elle vise le juge opportun.
Pourquoi « refusée au bureau d'ordre » n'est pas un détail
Le bureau d'ordre est le guichet d'enregistrement. Son travail est d'accuser réception, pas d'apprécier le fond.
Une motion peut ensuite être déclarée irrecevable, débattue, rejetée par un vote. Chacune de ces voies laisse une trace écrite et engage publiquement celui qui décide.
Bloquer au guichet ne laisse ni débat, ni vote, ni motivation, ni auteur identifiable. La demande n'a pas été rejetée : elle n'a jamais officiellement existé. C'est la forme de refus la moins contestable — parce qu'il n'y a rien à contester.
Ce que le pouvoir répond, et ce que ça laisse ouvert
La défense est constante : la dignité des débats justifie l'encadrement des téléphones, les extraits sortis de leur contexte circulent et nuisent à l'institution, le règlement intérieur existe et s'applique, et la Constitution de 2022 a délibérément rompu avec le régime parlementaire précédent.
Deux questions restent sans réponse. Quelle infraction pénale commet un député qui filme une séance publique, et pourquoi le parquet plutôt que le bureau de l'Assemblée, qui est l'organe disciplinaire compétent ? Et pourquoi aucun motif écrit n'a été opposé à la motion : si elle était juridiquement infondée, le dire publiquement aurait coûté moins qu'un blocage silencieux.
Un dernier point, factuel : ce Parlement a été élu avec environ 11 % de participation. Sa légitimité est déjà fragile. Chaque mesure prise depuis des mois réduit ce qui est visible de l'extérieur ; aucune n'augmente la qualité de ce qui s'y fait.

