L'acquis de 2011
La liberté de la presse, d'association et de manifestation est l'acquis le plus visible et le plus consensuel de la révolution. Le décret-loi 115 de 2011 a dépénalisé une grande partie des délits de presse et supprimé le ministère de l'Information. Le tissu associatif est passé de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d'organisations.
Aujourd'hui encore, la parole publique en Tunisie — dans les médias, sur les réseaux, dans les cafés — reste nettement plus libre que la moyenne régionale. C'est un point que reconnaissent les deux camps.
Le point de friction : le décret-loi 54
Adopté en septembre 2022, il punit de peines de prison la diffusion de « fausses nouvelles » ou de contenus visant à porter atteinte à autrui via les réseaux de communication.
Les autorités le présentent comme un outil nécessaire contre la diffamation, les rumeurs et les campagnes coordonnées de dénigrement, dans un espace numérique sans régulation.
Le SNJT et les organisations de défense des droits humains documentent des poursuites engagées sur ce fondement contre des journalistes, des avocats, des commentateurs et des utilisateurs de réseaux sociaux pour des propos critiques. Leur critique porte moins sur l'objectif affiché que sur l'imprécision de la définition, qui rend le texte applicable à la critique politique.
Comment se faire son idée
Pour un citoyen qui veut juger par lui-même plutôt que sur des impressions : - lire le texte du décret-loi 54 (il est court) plutôt que ses résumés ; - consulter les décomptes de poursuites publiés par le SNJT, qui sont nominatifs et vérifiables ; - lire les rapports annuels de HRW, Amnesty et de la LTDH, ainsi que les réponses officielles des autorités quand elles existent ; - comparer avec les classements internationaux sur plusieurs années, en tenant compte de leurs limites méthodologiques.
