Les chiffres qui structurent le problème
Le chômage global oscille autour de 15-16 % depuis des années. Chez les jeunes, il dépasse largement les 35 %, et il est plus élevé chez les diplômés du supérieur que chez les non-diplômés — une inversion rare, et le cœur du problème tunisien.
Le pays a massivement investi dans l'éducation depuis 1958. Il produit des ingénieurs, des médecins et des juristes que son économie n'absorbe pas.
La harga et l'exil qualifié
Deux phénomènes distincts, souvent confondus :
La harga — traversée irrégulière vers l'Italie, principalement depuis les côtes du Sahel et du sud-est. Population jeune, souvent peu qualifiée, issue des régions les plus pauvres. Risque mortel réel et documenté.
L'exil légal des qualifiés — médecins, ingénieurs et informaticiens partant vers la France, l'Allemagne, le Canada et le Golfe. Plusieurs milliers de médecins tunisiens exercent à l'étranger, ce qui pèse directement sur le système de santé public.
Le second coûte probablement plus cher au pays que le premier, mais fait beaucoup moins de titres.
Le ressort profond
Les enquêtes d'opinion régionales font ressortir un motif dominant qui n'est pas seulement le salaire : c'est l'absence de perspective — le sentiment que l'effort scolaire, le mérite et le travail ne produisent pas de trajectoire prévisible.
Toute politique publique qui traite la migration comme un problème de contrôle des frontières sans traiter cette question passe à côté du sujet. C'est un point sur lequel les analystes de tous bords convergent.
