Parcours
Universitaire spécialiste de droit constitutionnel, longtemps commentateur juridique à la télévision, sans parti et sans machine électorale. Il est élu président en octobre 2019 avec environ 72 % au second tour, porté par un vote massif des jeunes et par le rejet des partis établis. Sa campagne, sans financement notable ni meetings classiques, reste un cas d'étude.
Sa doctrine politique
Il défend une « construction par la base » : conseils locaux élus, mandat impératif et révocable, transmission ascendante vers le sommet. Dans cette vision, les partis politiques et les corps intermédiaires sont des écrans entre le peuple et la décision plutôt que des relais légitimes.
Il place aussi la lutte contre la corruption et la « spéculation » au centre de son discours, avec l'idée que les blocages du pays relèvent moins de contraintes économiques que de réseaux d'intérêts.
Ce qui a fait sa force
Il faut comprendre pourquoi il a gagné avant de juger ce qu'il fait. En 2019, il est élu avec environ 72 % au second tour, sans parti, sans argent et sans meeting. Ce n'est pas un accident : c'est le désaveu d'une décennie où les gouvernements se sont succédé sans que le chômage, les prix ou les services publics ne bougent.
Sa probité personnelle et son mode de vie modeste tranchaient avec l'image de la classe politique post-2011. Son refus des conditionnalités du FMI parlait à un pays qui se souvient de 1984. Son discours sur la corruption disait tout haut ce que les gens répétaient tout bas.
Rien de cela n'est contestable, et le nier serait malhonnête. La question n'est pas de savoir s'il a été porté par une colère légitime : il l'a été. Elle est de savoir ce qu'il en a fait.
Ce qu'il en a fait
Les contre-pouvoirs. Parlement gelé en juillet 2021 puis dissous en mars 2022, gouvernement par décrets, Conseil supérieur de la magistrature remplacé, magistrats révoqués par décret. La Constitution de 2022 place le gouvernement sous sa seule responsabilité et rend sa destitution pratiquement impossible. Aucune juridiction n'a pu arbitrer : la Cour constitutionnelle n'a jamais été installée.
La critique. Le décret-loi 54 punit de prison la diffusion de « fausses nouvelles » sans définir qui décide de ce qui est faux. Le SNJT, la LTDH, Amnesty International et Human Rights Watch documentent, de façon nominative et datée, des poursuites visant des journalistes, des avocats, des syndicalistes et des opposants.
Les urnes. Environ 30 % de participation au référendum de 2022, autour de 11 % aux législatives qui ont suivi, environ 29 % à la présidentielle de 2024 — avec des candidats écartés par voie administrative et judiciaire. On peut être élu légalement et n'avoir convaincu presque personne de se déplacer.
Le quotidien. Sept ans de discours sur la corruption et les spéculateurs. L'inflation, les pénuries et le chômage des diplômés, eux, n'ont pas reculé.
Ce que répond le pouvoir, et ce que ça ne règle pas
La réponse officielle est constante : le système de 2014 était paralysé, gangrené par les marchandages partisans, incapable de traiter la corruption. Les mesures prises seraient une correction légitime, largement soutenue dans la rue les premiers jours. Il n'y aurait pas de prisonniers politiques, seulement des personnes poursuivies pour des infractions de droit commun.
Cette défense a une part de vérité sur le diagnostic — la décennie 2011-2021 a bien échoué — et elle n'en a aucune sur le remède. Qualifier une poursuite de « droit commun » ne répond pas aux questions de procédure : durée de la détention préventive, accès au dossier, publicité des audiences, recours au juge antiterroriste pour des faits d'expression. Et quand les personnes poursuivies appartiennent très majoritairement au même camp, celui qui critique, la coïncidence devient difficile à soutenir.
Surtout, la question restée sans réponse en sept ans : quels verrous empêcheraient un successeur d'utiliser exactement les mêmes pouvoirs à d'autres fins ? Un pouvoir sans arbitre n'est pas plus efficace. Il est simplement incontestable.

